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ARBORESCENCE

  

Arborescence, le mot choisi par Daniel Richer pour nous inviter à suivre les petits chemins qui traversent ses paysages où les arbres sont rois. Un mot tout imprégné d'essence de térébenthine et des senteurs âcres de la résine noire des pinèdes. Un mot en forme d'arbre qui nous parle de nos sens et de l'essentiel.

 

Des centaines d'arbres aux essences variées, quelle architecture proposerait au peintre autant de combinaisons d'horizontales et de verticales ? Les frênes des Alpes de Haute-Provence avec leurs torses courts qui se fendent en deux bras puissants et qu'une coupe saisonnière noue en de gros moignons, hérissés de mille branches. Les oliviers de Villeneuve-lès-Avignon, tordus, arc-boutés sur leurs troncs fendus, plantant dans le ciel leurs chevelures griffues pour arrêter la course folle du mistral. Les hêtres du Bois de Maulle, dans l'Oise, s'élançant tels des piliers de cathédrale sous des voûtes bruissantes, murmurant leurs mystères d'oiseaux et de feuilles. Les pins rouges et raides des Cévennes, au garde-à-vous le long d'une clairière, comme les dents d'un peigne pour carder les rayons du soleil.

 

Des arbres et encore des arbres, des chemins de traverse comme ceux que vous pourriez croiser dans vos promenades du dimanche ! Et pour les multiplier toujours davantage, une rivière, un ruisseau, un étang paisible qui vous font le coup du miroir. Des cascades de reflets à ne plus pouvoir démêler le haut du bas, le vrai du faux, le végétal de l'aquatique ! Des bleus profonds giclent sur des verts émeraudes, des pans de ciel s'abîment dans des éclaboussures irisées, des balafres jaunes tracent sur l'eau comme un gué de lumière, des remous rougeâtres charrient des écailles d'or et des éclats de pierre blanche. Et vous, flâneur aux yeux assoupis, qui n'aviez rien vu de tout cela !

 

Le ruisseau de la Roquette, dit Le Galeizon, le torrent de la Bourne… derrière ces noms de la France rurale et vacancière, se déploie un ruissellement bigarré de tapis d'orient, une furie exotique de touches pressées, chaudes, sensuelles, jouant des épaules : un violet violent frôle un jaune, un bleu dur cogne un rouge…

 

Il y a du fauve chez cet homme-là quand il arpente le terrain, quand il tourne et recule pour se repérer, quand il hume l'air, renifle, marque son territoire en plantant son chevalet. Quand il lève sa main, aux cinq doigts écartés, comme un arbre encore, pour prendre la mesure du monde. Quand enfin, les yeux mi-clos pour mieux voir, il s'immobilise devant sa proie : un coin de nature qui ne sait pas encore qu'on va lui prendre ses couleurs pour en faire un tableau.

 

Au bout de quelques heures, quand « il a fait la fête au paysage », comme il dit avec un large rire d’homme, il ne lui reste plus qu’à essuyer soigneusement ses pinceaux et à « attendre que l’oiseau se décide à chanter » comme dans le poème de Prévert. Alors si l’oiseau chante, il peut signer en bas du tableau : Daniel Richer.

 

 

Elisabeth Amzallag-Augé (décembre 1999)